60 ans d'indépendance : rencontre entre Denise Nyakeru et Catherine Nzuzi Wa Mbombo

Par Patrice Piardon

Le 18 mars 2026, la République Démocratique du Congo a vu s'éteindre l'une de ses flammes les plus vives. Pour moi, qui ai eu le privilège de croiser son chemin à plusieurs reprises au cours de mes activités professionnelles à Kinshasa, la disparition de Catherine Nzuzi wa Mbombo n'est pas seulement une perte institutionnelle ; c'est le départ d'une figure tutélaire dont l'élégance, la fermeté et la vision m'ont profondément marqué. À 81 ans, celle que nous appelions affectueusement « Maman » emporte avec elle une part immense de notre mémoire collective.

Mon témoignage : Une élégance qui commandait le respect

De nos rencontres, je conserve un souvenir impérissable de sa dignité et de son charisme. Pour moi, Catherine incarnait une certaine idée du Congo : un pays fier, sophistiqué et résilient. Son élégance n'était pas seulement vestimentaire ; elle résidait dans sa manière de s'exprimer et de traiter les enjeux complexes de notre pays avec une clarté désarmante.

Dans l'intimité de nos échanges, elle m'apparaissait comme une mine d'informations géopolitiques, capable de lier les événements présents aux racines historiques du pays. En tant qu'acteur investi dans l'innovation, j'ai trouvé en elle une interlocutrice qui comprenait l'importance de moderniser le pays tout en préservant nos valeurs ancestrales.

Une vie de droiture et d'excellence administrative

Son parcours est une véritable leçon de loyauté. Dès 1967, à seulement 23 ans, elle s'imposait comme bourgmestre de la Gombe, en faisant un modèle de gestion. J'admire cette trajectoire qui l'a menée aux plus hautes fonctions : vice-gouverneur de Kinshasa, puis gouverneur du Bas-Zaïre.

Pilier central du MPR, elle entretenait avec le Maréchal Mobutu une relation de confiance rare, fondée sur une franchise absolue. Après 1997, elle a prouvé sa résilience en restant au pays malgré l'emprisonnement et les épreuves, transformant son parti en "MPR-Fait Privé" pour continuer le combat démocratique, ce qui l'a conduite à la candidature présidentielle de 2006.

Une bâtisseuse et une référence morale

Catherine ne séparait jamais la politique de l'indépendance économique. Elle était une "femme de briques", bâtissant son patrimoine par le seul fruit de son travail. Je salue en elle la visionnaire qui a créé Global TV, marquant ainsi durablement le paysage médiatique congolais. Elle restait profondément liée à l'héritage de son époux à travers TKM (Tshanga Ku Mwedi Musungu), symbole de son ancrage familial et de sa fidélité aux siens.

Son statut de référence morale était tel qu'en juillet 2020, j'ai vu la Première Dame Denise Nyakeru Tshisekedi se rendre à sa résidence de la Gombe pour apprendre l'histoire politique de notre pays auprès de celle qui l'avait façonnée. C'est ce prestige intact que je veux honorer aujourd'hui.

Mes Condoléances et celles de ma Famille

"C’est avec une tristesse infinie que ma famille et moi-même adressons nos plus sincères condoléances à la famille de Maman Catherine Nzuzi wa Mbombo, à ses amis, à ses nombreux collaborateurs et à l'ensemble du peuple congolais.

Nous perdons un baobab, une femme d'État dont la vision et la force de caractère resteront pour nous une source d'inspiration inépuisable. Elle restera cette 'Grande Dame' dont la sagesse était une boussole pour notre pays. Puisse son âme reposer en paix."

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