© 2023 Kreativa. All rights reserved. Powered by JoomShaper
Il y a des conflits dont le bruit des armes semble résonner à travers les âges, traversant les frontières pour s’imposer dans la conscience collective mondiale. Gaza en est un. Avec chaque nouveau cycle de violence, les bombes chantent la mort, sous les regards esbaudis d’un Occident souvent impuissant, parfois indifférent. Pourtant, tandis que le monde retient son souffle devant l'horreur qui frappe la bande de Gaza, une autre tragédie, tout aussi dévastatrice, se déroule dans un silence presque total : celle de la République Démocratique du Congo (RDC).
Dans l’est de la RDC, une guerre sans fin ravage la région depuis près de trois décennies. Ce conflit, complexe et enraciné dans les enjeux ethniques, politiques, et économiques, a déjà coûté la vie à plus de six millions de personnes depuis 1996, faisant de cette guerre l'une des plus meurtrières depuis la Seconde Guerre mondiale. Et pourtant, contrairement à Gaza, la souffrance des Congolais ne suscite que rarement l'indignation internationale.
La bande de Gaza, un territoire de 365 km², est sous blocus israélien depuis 2007, après que le Hamas a pris le contrôle de l'enclave à la suite d'une victoire électorale et d'une lutte armée contre le Fatah. Le Hamas, un mouvement islamiste, est considéré comme une organisation terroriste par Israël et plusieurs autres pays, mais il est également vu comme un mouvement de résistance par une partie de la population palestinienne.
Depuis 2008, Gaza a été le théâtre de plusieurs guerres destructrices, avec des offensives majeures en 2008-2009, 2012, 2014, et plus récemment en 2021. Chaque cycle de violence commence généralement par des tirs de roquettes du Hamas ou d'autres groupes armés palestiniens, suivis de ripostes israéliennes massives, souvent sous forme de bombardements aériens. Ces conflits se soldent par des milliers de morts, en grande majorité des civils palestiniens, des destructions massives d'infrastructures, et une crise humanitaire permanente.
À des milliers de kilomètres de là, dans l’est de la RDC, une autre guerre dévastatrice continue de faire rage, mais dans une relative indifférence internationale. Depuis 1996, la région des Kivus, ainsi que l’Ituri et d’autres provinces voisines, sont le théâtre de violences extrêmes impliquant une multitude de groupes armés.
L'un des acteurs principaux de cette violence est le M23 (Mouvement du 23 mars), un groupe rebelle formé en 2012, composé principalement d’anciens membres du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP). Le M23, soutenu par le Rwanda selon plusieurs rapports des Nations Unies, notamment celui de 2012, se bat pour le contrôle de territoires stratégiques dans l'est de la RDC, riche en ressources naturelles. Malgré un accord de paix signé en 2013, le M23 a repris les armes en 2021, intensifiant les combats dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le Rwanda, accusé à plusieurs reprises de soutenir le M23 pour des raisons stratégiques et économiques, joue un rôle controversé dans le conflit en RDC. Kigali a toujours nié ces accusations, mais les rapports des Nations Unies et d'organisations non gouvernementales ont documenté des preuves de soutien logistique, financier, et militaire. Ce soutien s’inscrit dans une logique régionale complexe, où les conflits de pouvoir, les rivalités ethniques, et la lutte pour le contrôle des ressources naturelles s’entremêlent.
Le Rwanda, en justifiant son implication par la nécessité de sécuriser sa frontière contre les menaces des FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda), un autre groupe armé actif en RDC composé d’anciens génocidaires rwandais, participe ainsi à un cercle vicieux de violences où les civils paient le plus lourd tribut.
"Le temps des massacres" n'est pas une simple métaphore littéraire ; c'est une réalité quotidienne pour les habitants de Gaza et de l'est de la RDC. Dans les deux cas, les civils sont pris en otage dans des conflits qui les dépassent, sacrifiés sur l'autel de luttes de pouvoir qui semblent sans fin. À Gaza, les frappes aériennes israéliennes, en réponse aux roquettes du Hamas, se soldent souvent par la mort d'innocents. En RDC, les attaques des groupes armés, y compris celles menées par le M23, se traduisent par des scènes d'horreur, où hommes, femmes et enfants sont massacrés sans distinction.
Ces massacres sont le fruit d'une inhumanité partagée, mais aussi d'une responsabilité collective. Le monde entier porte la responsabilité de ne pas avoir su, ou voulu, mettre fin à ces violences. Les populations locales, qu’elles soient palestiniennes ou congolaises, vivent avec cette amère certitude que leur souffrance est tolérée, voire ignorée par la communauté internationale.
L’indignation sélective ne peut plus être de mise. Le monde ne peut plus se permettre de pleurer une injustice tout en ignorant une autre. La situation en RDC mérite autant d’attention, autant de compassion, autant de résolution que celle de Gaza. Le droit à la paix, à la sécurité, et à la dignité est universel et ne doit pas dépendre de considérations géopolitiques.
Il est temps que le monde entier s’éveille à la réalité des massacres en RDC, tout comme il s'émeut des tragédies à Gaza. Il est temps de reconnaître que chaque vie humaine, qu’elle soit prise à Gaza ou à Goma, a la même valeur. Et il est temps que les dirigeants mondiaux, les institutions internationales, et la société civile s'unissent pour mettre fin à ces conflits meurtriers, où qu'ils se déroulent.
Parce qu’en fin de compte, la paix n'est pas un luxe réservé à quelques-uns, mais un droit fondamental pour tous.
Patrice Piardon
Comments est propulsé par CComment