© 2023 Kreativa. All rights reserved. Powered by JoomShaper
Révision Constitutionnelle en RDC : Entre Liberté de Pensée et Loyauté Politique, le cas Bahati
TRIBUNE LIBRE : Global Média KABUKALA
Révision Constitutionnelle en RDC : Entre Liberté de Pensée et Loyauté Politique
Par Innocent Kabukala
Initiateur de Global Média KABUKALA
Dans le tumulte du débat politique actuel en République Démocratique du Congo, la question de la révision constitutionnelle cristallise les tensions. Récemment, la prise de position du Professeur Modeste Bahati Lukwebo a suscité de vives réactions. Entre droit démocratique et discipline de groupe, Innocent Kabukala, initiateur de GMK, livre une analyse sans concession sur les enjeux de cette réforme et la cohérence de l'engagement politique.
L'Intégralité de l'Intervention
« Bonsoir, Modeste Bahati a-t-il raison ou pas de s'opposer à la révision de la constitution ? Il a raison en tant que citoyen libre, il a raison. Est-il en droit effectivement de mettre un point de vue en tant que citoyen dans un pays qui se veut démocratique ? Bien entendu, je suis d'accord avec lui, il est tout à fait libre de mettre son point de vue.
Malheureusement, la liberté c'est cette possibilité que l'on a, notamment en démocratie, de mettre ses avis, de mettre son point de vue, de poser des actions, de poser des actes. Mais tout ceci reste conforme à ce que prévoit la loi à ce sujet, à ce que les règles à la matière justement sont respectées. La loi lui donne la possibilité, mais certaines réalités aussi ne lui donnent pas autant de liberté qu'il peut penser. Pour la simple et bonne raison, lorsqu'il parle, il parle comme AFDC, un parti politique qui fait partie de l'Union Sacrée.
Je pense que s'il y a un débat à l'interne au niveau de l'Union Sacrée, c'est là qu'il faut dire cette vérité. Mais si c'est pour intéresser le public, ceci montre qu'on commence une rébellion. Ceci montre qu'on n'est plus en odeur de sainteté avec ces structures, avec ce regroupement-là. Et donc de ce point de vue, la meilleure façon de faire, ce n'était pas de prétendre que c'est une vérité qu'on nous dit au chef, puisqu'on l'aime, mais non, j'estime que c'est un affront que l'on fait à son chef, parce qu'on va au public, on le dit. Donc c'est une manière délibérée de décider de quitter son chef, parce qu'on ne partage plus son point de vue. Ça c'est clair, on ne peut plus se prétendre de l'Union Sacrée alors que cette question est traitée en solo.
Non, cher professeur, le problème de la RDC n'est pas seulement celui des hommes, il est aussi le problème des textes. Pour tout bon juriste, vous lui poserez des questions sur certaines matières, notamment sur certains arrêts qui ont été rendus à la Cour. Du point de vue de la loi, il y avait des non-dits, mais pour trancher certaines questions, on est soit tombé dans le droit comparé, soit certains cas de jurisprudence, pour arriver à trouver des éléments de réponse afin de pallier au problème qui se pose. Donc dès lors qu'on est à ce stade, on est tout à fait d'accord que ce texte-là pose un problème.
Il est aussi clair que dans la marche de certaines personnalités politiques, dans leurs démarches, dans leurs actions, dans leurs pensées, il se pose également des problèmes, soit des disciplines, d'engagement pris, parce qu'on appartient à un regroupement. C'est le cas qui est le vôtre, justement. Quand on est membre d'un regroupement, il y a des règles qu'on peut suivre, indépendamment de la démocratie. On est d'accord que la démocratie c'est une chose, ça existe, les gens doivent être en mesure de s'exprimer librement. Mais lorsqu'on ne trouve pas de cause, on ne trouve pas de grande cause au sein de ce regroupement, la première des choses c'est de quitter, puisqu'on ne partage plus le point de vue. D'abord, et après par la suite, prendre la parole comme un affront, si j'ai envie de dire, parce que vous avez déjà quitté le regroupement. Et ne pas prétendre parler au nom de ce regroupement et s'adonner à ce qui s'apparente à un affront.
Très concrètement, le Président de la République s'était déjà prononcé en faveur d'une révision de la Constitution et il avait argumenté. Parmi les éléments en argumentaire, on avait par exemple la question ayant trait au mode d'accession des gouverneurs au pouvoir. Les gouverneurs sont élus et tout le monde sait comment ces gouverneurs et dans quel contexte ils sont élus. Qui n'a pas décrié la corruption dans l'élection des gouverneurs au niveau des assemblées provinciales ? C'est un problème pour des gens qui veulent être sérieux et qui veulent lutter contre justement la corruption. Qui n'a pas décrié la gestion de nos provinces par des gouverneurs ainsi élus ? Lesquels gouverneurs sont des représentants directs du Président de la République ? Mais ces représentants du Président de la République dont lui-même le chef qui sont censés représenter n'a pas autant de pouvoir pour pouvoir les déchoir si jamais ça ne marche pas.
Nous sommes dans un régime semi-présidentiel. Combien de gens responsabilisent dans les actions qui se posent au quotidien le premier ou la première ministre ? Combien ? Dans la plupart des cas, c'est le Président de la République qui est mi en avant-plan, voire sa femme et sa famille. Doit-on continuer avec ce régime politique, le semi-présidentiel, où il y a partage de responsabilités mais les regards sont plutôt tournés vers celui qui a été élu au suffrage universel ? Ne trouvez-vous pas qu'il est possible effectivement avec nos habitudes ? Parce que quand ça ne va pas, qu'est-ce qu'on dit ? C'est le Président de la République qui est le responsable. Tout se fait sous le Président de la République.
Pourquoi serait-il mauvais de donner plus de pouvoir au Président de la République de manière à ce qu'il soit vraiment responsable en répondant à toutes les questions ? Parce que justement, finalement, tout le monde s'adresse à lui. Pourquoi ne pas penser à un régime plutôt présidentiel qu'à rester dans le semi-présidentiel qui a prouvé ses limites ? Mais toutes ces choses ne peuvent arriver que si la constitution est modifiée, si la constitution est touchée et si la constitution est finalement changée dans son entièreté.
Alors, je crois que vous n'avez pas raison de dire qu'on ne peut pas modifier la constitution parce qu'il ne se posait pas un problème de texte. Mais en même temps, dans votre compte de presse, vous dites que ceux qui ont des idées, dans le sens qu'ils viennent, vont s'asseoir autour d'une table pour parler. Mais on va s'asseoir autour d'une table pour parler de quoi ? Chers messieurs, je rappelle que si aujourd'hui les rebelles que vous n'avez pas dénoncés lorsqu'ils ont pris Bukavu, votre chef électoral, arrivent ici, ils vont modifier la constitution. Ces mêmes rebelles ont parlé d'instaurer le fédéralisme alors que nous sommes dans un État unitaire. Mais si jamais leur revendication passe, comment cela pourra-t-il être possible pratiquement si la constitution n'est pas changée ?
Vous voyez que le problème n'est pas celui des textes seulement, le problème c'est aussi celui des hommes. Parce qu'on ne veut pas aller réfléchir, on ne veut pas aller voir les choses telles qu'elles se passent pour pouvoir poser un diagnostic et prendre des décisions. Donc le problème c'est aussi celui des hommes. À côté des textes, il y a le problème des hommes. Voilà pourquoi il faut commencer par résoudre l'un après l'autre. Et moi je pense que la première des questions c'est déjà le texte lui-même qu'il faut modifier. Et des hommes capables de changer, de modifier ce texte existent. Pas des hommes qui ne voient que leur propre intérêt.
Je pense pour ma part que votre sortie médiatique est un raté. Il faudra plutôt vous raviser et revenir au bon sens. Et si vous voulez rester dans votre regroupement, il faudra le faire. Je n'ai rien à voir avec ce regroupement, je ne suis pas un acteur de l'Union sacrée. Mais j'estime que pour vos pairs, pour le respect de vos pairs, vous devez vous dédire, vous devez vous repentir si vous voulez rester avec eux. Mais sinon, être clair, quitter le bateau et mettre vos points de vue, c'est tout à fait normal dans une démocratie. Et ce serait intéressant. Pour ma part, je pense que ce serait la meilleure voie pour vous. Mais sinon, s'il faut continuer de parler de l'Union sacrée et rester dans ce genre de position, c'est créer des conflits. Et le conflit c'est inutile. Merci et à très bientôt. »
Analyse GMK : Le Diagnostic d'une Crise de Système
Innocent Kabukala pose ici un constat froid : l'actuelle Constitution présente des lacunes structurelles qui entravent l'efficacité de l'État. Pour Global Média KABUKALA, ce débat est essentiel pour l'avenir de la Nation, car il touche à l'essence même de notre gouvernance.
Comments est propulsé par CComment